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dimanche 25 août 2013

25.8.13
Comme promis vendredi, voici l'analyse des arguments du Conseiller aux Etats vaudois Luc Recordon qui s'exprimait vendredi à 07h38 dans l'émission "L'invité de la rédaction".

Les liens ci-après vous permettrons de repasser cet interview en image ou de vous contenter du son. Pour ceux qui s'inquiéteraient que M. Recordon se soit exprimé sans contradicteur, nous les invitons à écouter cette même émission le 2 septembre: Ce sera en effet alors au tour de M. Maurer, Président de la Confédération et chef du DDPS, de défendre le l'obligation de servir. Et puis il y aura aussi Infrarouge à la télévision suisse romande le 4 septembre.
C'est long, désolé, mais il nous est apparu comme indispensable de prendre au sérieux chaque argument. Un tel débat est trop important pour être bâclé par des positions dogmatiques et / ou émotionnelles.
Nous invitons par ailleurs les vaudois qui élisent leurs représentants à suivre les débats au Parlement. Si les Vaudois rejettent l'initiative, et nous osons le croire, M. Recordon poursuivra-t-il une politique partisane à Berne au Conseil des Etats, ou prendra-t-il le chemin des positions majoritaires dans son canton. En tout cas cet article aura le mérite de laisser une trace indélébile sur les arguments utilisés. Utile pour l'avenir.
Questions RSR
Ce que le CE Recordon a dit[1]
Notre avis
C’est ringard, c’est inutile l’obligation de servir aujourd’hui ?
« Il faut préciser que ce n’est pas un texte qui est exclusivement le lieu de débat de la Gauche et des Verts d’un côté et de la droite, il y a tout un comité de droite qui soutient cette proposition ».
C’est vrai, mais la Gauche a aussi de nombreux dissidents qui voteraient NON (voir les détails du sondage GFS / RSR).
« Je ne crois pas que ce soit vraiment un problème de pure ringardise et en tout cas pas de ringardise de l’obligation de servir. Je dirais que le problème est posé par le fait qu’elle est un obstacle (c’est ma position et par forcément celle du GSsA, à titre personnel ce qui m’amène à soutenir ce texte) à la nécessaire modernisation de notre armée. J’entends par là qu’on a une tendance assez prononcée à préparer les guerres d’après. Ce n’est pas une spécificité du tout suisse, car si vous pensez à l’armée française en 1940 elle préparait la guerre de 14-18. Elle n’avait pas compris l’importance par exemple des blindés. Aujourd’hui c’est un peu l’inverse, on surestime la valeur des armes qui ont fait le succès dans la 2ème Guerre mondiale et après. Et avec l’obligation de servir on maintien une armée de masse alors que les types de menace sont complétement différents. »
La position de M. Recordon n’est-elle que pure provocation pour que l’on parle du sujet ? En tout cas la formulation est une tentative (habile) « de noyer le poisson » et surtout un faux procès. Car les Suisses s’adaptent de manière continue depuis 1291. Et c’est le cas actuellement encore. Armée de masse ? En aucun cas. Armée nombreuse ? Oui, mais même pas assez en cas de crise complexe et de longue durée. Simplement protéger Kloten, cela coûte déjà 5'000 hommes. Avec 100'000 hommes on protègerait quoi ? 20 objets comparables ? Et après ? Pendant combien de temps ? Et avec quel matériel, puisque le Parlement saccage les investissements depuis 15 ans (voyez la page 24 du Rapport sur l’armée de 2010 – disponible en ligne…).
En quoi une armée basée sur le volontariat permet de moderniser l’armée ? On peut très bien moderniser l’armée actuelle.
« On pourrait, mais l’armée actuelle avec l’obligation de servir n’a de sens que par rapport à l’obligation d’avoir de très grosses unités de fantassins, des unités de blindés et d’appui aux blindés, donc une armée qui se préparer essentiellement à une grande guerre d’agression terrestre. Or les menaces sont aujourd’hui fondamentalement différentes. Il y a toujours des menaces dans le ciel qui nécessitent la police du ciel mais plus non plus d’ailleurs de grandes batailles aériennes du genre Pierre Clostermann, le Grand cirque, etc. des années 40-45, il y a essentiellement la lutte contre les grandes catastrophes, contre la menace terroriste, contre les cyberattaques, c’est ça les grand enjeux aujourd’hui. Personne ne va nous attaquer par voie terrestre parce qu’il faudrait avoir culbuté toutes les armées de l’OTAN dans l’intervalle et parce que ça coûte extrêmement cher alors que d’autres type d’attaques, y compris les attaques asymétriques sont beaucoup moins coûteuses et beaucoup plus probables. »
A nouveau il suffit de consulter le Rapport de politique de sécurité 2010 et le Rapport sur l’armée. A la page 53 de ce dernier on trouvera le profil de prestation de l’armée. Le lecteur saura alors apprécier à sa juste valeur les arguments ci-contre. Les travaux de planifications actuels (en consultation) vont même encore réduire fortement la partie «combat classique » à seulement 20% des effectifs globaux. Les documents indiqués prouvent que la Gauche et les Verts racontent des salades. C’est eux qui refusent de voir les évidences et de lire les documents mis à leur disposition. Et s’appuyer sur l’OTAN ? Comme si le mot « menace » signifiait pour l’éternité « Russie Rouge ».  C’est infantile ! On encourage les lecteurs à consulter notre revue de presse du 24 août sur « Quelle France dans 10 ans ». Nos voisins ne sont pas des anges.
Les missions de l’armée c’est le politique qui les définit, ça peut se faire dans n’importe quel cadre.
« Oui ça peut se faire dans n’importe quel cadre, mais on a remarqué ces dernières années qu’il était impossible pour le Parlement pour des raisons essentiellement émotionnelles et affectives de changer les missions de l’armée sur la base d’une réflexion comme celle que je viens de faire alors que si on demande au peuple de réfléchir à la question et de se prononcer, bien sûr qu’il faut une armée efficace, mais il faut une armée efficace contre les vraies menaces. Et celles-ci n’impliquent plus la levée en masse d’autant de gens parce qu’il n’y aura plus besoin d’aussi grosse unités de fantassins, il a peut-être besoin de 20'000 personnes, alors là on arrive peut-être à changer le paradigme. Et changer ce paradigme, ça implique en particulier de dire que pour 20'000 personnes vous ne pouvez pas impliquer que toute une classe d’âge soit astreinte à venir sous les drapeaux. Et de là découle, c’est la conséquence du raisonnement pour ces 20'000, mais c’est à la louche (rire), mais c’est un ordre de grandeur qui semble assez raisonnable, pour ces 20'000 là, il faut lever des volontaires et pas une obligation de servir. »
On appréciera qu’un membre aussi éminent des Verts soutienne aussi inconditionnellement la nécessité pour la Suisse de disposer d’une armée, quelque peu en porte-à-faux avec la stratégie de son parti. Mais comme nous le relevions plus haut, chaque camp a ses dissidents !  20'000 hommes ? Et bien voilà un nouveau chiffre ! Mais « c’est à la louche » nous dit son auteur (on est rassuré). Comment allons-arriver à ces 20'000 ? Les allemands ont un système équivalent (à côté d’une armée de métier qu’ils n’arrivent pas à alimenter) et déjà 5'000, la grande Allemagne n’y parvient pas (nous dit le Figaro). Or l’Allemagne est dix fois plus grande que la Suisse. Même en admettant que M. Recordon ait raison, l’objectif ne sera jamais atteint. Armée exsangue, fin du match, car  plus d’armée. Pour les Verts, l’objectif est atteint.
Mais les missions de l’armée ce ne sera pas la question du 22 septembre
« Mais à mes yeux c’est la question centrale. »
On aura la possibilité de s’exprimer là-dessus puisqu’un nouveau rapport de politique de sécurité est en élaboration.
Mais les opposants à l’initiative disent que cela va ouvrir la porte à des volontaires qui seront des Rambo, seuls ceux qui ont vraiment envie d’aller au cbt vont se porter volontaire, n’est-ca pas un risque ?
« Je ne pense pas qu’il y ait 20'000 Rambo en suisse, mais cela dit en effet c’est un risque qui existe et qui existe d’ailleurs aujourd’hui. Aujourd’hui il y a des tas de gens qui n’ont pas envie de faire le service militaire, cela ne correspond pas à leur manière de servir le Pays ou bien ils ont simplement la flemme, il faut bien le dire et c’est clair que ceux qui adorent cela il peut y avoir une proportion importante de Rambo. Je crois qu’on y est attentif dans le recrutement et il faudra y être d’autant plus attentif. Mais encore une fois, il n’y en a pas 20'000 en Suisse. »
Si sur une population annuelle de 38'407 conscrits (chiffres 2012), seuls 616 ont été reconnus à risque. Sur ce total cela fait 1.6%. On peut sans risque pour le résultat final les écarter. Mais si, comme on le suppose sur la base des expériences à l’étranger et avec les femmes, seule cette catégorie s’annonce, alors on approche des 100% de Rambo. Bien sûr qu’il faudra les refuser. Et on flingue l’armée par manque de personnel. CQFD !
Mais ça peut remettre en question la sécurité de la Suisse car on n’a aucune garantie sur le nombre de volontaires qui se présentent. Il faut un certain nombre de soldats pour garantir les missions de base.
Les pays qui fonctionnement sur le volontariat ne semblent pas avoir une peine folle à remplir les effectifs qui sont les leurs et qui sont beaucoup plus considérables, qui sont à l’échelle de la taille de ces pays. Plusieurs des grands pays européens s’y sont essayés ces dernières années. Donc je pense en effet qu’il faudra trouver des incitatifs pour ces gens. Il ne faut pas oublier tout de même que dans toute une série de situations, l’armée représente encore quelque chose de relativement intéressant pour les gens et tout le monde ne rechigne pas à y aller. »
On nage en plein déni de réalité. Parmi les pays qui sont basés sur un système de soldats volontaires (une fois payés on leur donne le nom de professionnels), tous les pays européens ont de la peine, que ce soit en Allemagne (voir ci-dessus), Suède, Autriche (pour son projet pilote), Espagne, Angleterre, France. Que notre système ne soit pas 100% idéal et fonctionnel est une réalité. Mais il reste malgré tout de très loin supérieur aux autres.
Incitatifs ? Donc de l’argent.Ca pourrait coûter plus cher. Votre parti milite plutôt pour une baisse des budgets de l’armée
« Par rapport à ce que ça coût quand même maintenant avec une armée qu’on veut fixée à 100'000 soldats et qui est encore plus haute en effectifs actuellement, descendre à 20'000 ça représente quand même une marge de progression pour les personnes assez grande. Moi je verrais plutôt l’incitatif dans des possibilités de formation que dans des augmentations massives de la solde. Mais de toute façon des coûts supérieurs, qu’on le veuille ou non il y en aura. Avec ou sans suppression de l’obligation de servir, on doit augmenter indiscutablement le nombre de spécialistes de l’armée pour la raison centrale que je citais avant qui est la modification des missions qui deviennent de plus en plus techniques. Et vous pouvez de moins en moins prendre des gens comme cela sans les former. »
On se réjouit de voir M. Recordon voter des rallonges budgétaires. Il sera alors utile aussi de voir quelle différence il y a entre une solde et un salaire. S’agissant des spécialistes, pourquoi en former plus alors qu’ils sont disponibles dans la société et que notre système de milice permet de les employer uniquement lorsque la communauté en a besoin ?
Si le service militaire n’est plus obligatoire il n’y aura plus de taxe d’exemption. Ça rapporte plus de 100 millions de francs. C’est un manque à gagner énorme !
Enorme ? je ne sais pas comment vous voyez les mathématiques. A votre avis ça représente quel pourcentage du budget de la Confédération… ?
Nous allons faire des recherches sur ce plan car nous serions intéressés de connaître les arguments employés par le passé par M. Recordon au sujet de l’augmentation du budget de 4.7 à 5 millions voté par le Parlement. Car la Gauche n’y est pas allé de main morte avec la propagande à quatre sous. Ces 300 millions « allaient mettre à mal, la politique agricole, la formation, …. ». Mais si pour M. Recordon 100 millions CHF ce n’est qu’une paille, alors on se réjouit de voir que la Gauche pourrait lui emboîter le pas et en accepter 300 sans trop de difficulté ! Car ce ne sera alors que 3 à 4.5 pour mille !
Sur plus de 60 milliards, 100 millions c’est quand même important et on est souvent à 100 millions près.
« Oui, oui, d’acord,… c’est 1 pour mille. Et demi. »
Mais il faudra le trouver ailleurs ; vous dites que cela coûtera plus cher et en plus on perd 100 millions ?
« Le budget lui-même de l’armée il est de l’ordre de 4 milliards, 4 à 5 milliards. »
Donc pour vous ce n’est pas un problème ?
« Non ce n’est pas ça la question centrale. Bien sûr que c’est un inconvénient, cela va de soi, mais à l’échelle du problème, ce n’est pas central. »
Il y a un aspect de l’armée qui est plus social dans la cohésion nationale. C’est à peu près la seule institution où on réunit des personnes de tous milieux sociaux, des alémaniques et des romands, … On perdrait ce qui sert un peu à sceller cette identité suisse.
« Ça c’est un peu mythique quand même. Si vous regardez la réalité à l’armée ou dans d’autres cercles, sportifs ou autres, politiques aussi, en général les gens vont boire des verres par affinité personnelle, énormément par affinité linguistique. Le niveau de connaissance de l’autre langue, notamment des sous-officiers et même des officiers, ce n’est pas toujours extraordinaire. C’est vrai qu’on va perdre ce niveau, mais on ne va pas le perdre pour tout le monde. On va le perdre pour ceux qui sont moins de la moitié d’une classe d’âge et désormais ce sera peut-être moins de 10% d’une classe d’âge. Moi je trouve que la perte la plus problématique c’est pas tellement celle-là par ce que je crois que c’est plutôt en encourageant les gens à aller faire des expériences professionnelles de l’autre côté de la barrière linguistique qu’on peut récupérer  les choses en termes de cohésion nationale. Déjà aujourd’hui on devrait s’axer essentiellement là-dessus et ne pas trop s’illusionner sur ce que l’armée apporte en quelques semaines. Je pense plutôt que la perte c’est celle qui consiste à donner un service personnel à son pays et c’est vrai que l’idéal aurait été dans cette situation de remplacer l’obligation de servir militaire par l’obligation de servir généralisée de type civil avec un choix pratiquement libre entre armée et civil et ça on ne le peut pas en vertu de l’interdiction des conventions internationales sur le travail forcé. »
Réduire l’armée à un gigantesque bistrot où on va boire des verres…. Nous apprécions assez modérément le raccourci. Voir dans l’armée qu’une école de langues est aussi plus que réducteur. Envoyer tous nos jeunes de l’autre côté de la Sarine et accueillir les jeunes alémaniques en retour ? Belle idée, quoique problématique (et c’est un euphémisme) dans son application ! Les contacts ne s’établissent que durant quelques semaines ? Pour un soldat c’est un contact avec autrui qui dure (pour ceux qui ne font pas service en bloc) près d’un an réparti sur 10 ans ; pour un officier subalterne c’est près de 2 ans répartis sur 20 ans ; pour un officier supérieur, cela peut aller jusqu’à 5 ans répartis sur parfois 40 ans. Ce sont des liens indéfectibles qui se créent et se gèrent sur la longueur et qui font que partout on retrouve des camarades et des gens qui pensent et agissent la même chose pour le bien de notre Pays et  de son économie ; aussi à l’étranger. Quant à l’argument de  l’obligation généralisée qui ne serait pas possible en vertu des conventions sur le travail forcé, … c’est à vérifier. Mais cela n’empêche pas les Norvégiens et Israélien de le faire.
L’initiative demande que le service civil devienne volontaire aussi donc du coup ouvert aux femmes. Mais ça passe relativement inaperçu. Est-ce une occasion ratée de mener ce débat ?
« A partir du moment où on revoyait l’obligation de servir et où on proposait, en tout cas le GSsA, un service volontaire comme solution de rechange il était logique de se demander si ce service était ouvert pour tout le monde ou pas. Alors la moindre des choses, dès lors qu’il est volontaire, c’était de l’ouvrir aussi aux femmes. »
Intéressant, mais court. La Constitution prévoit que les dames peuvent faire service volontairement dans l’armée (art. 59) et dans la PCi (art. 61). C’est quoi la plus-value de l’initiative ??
Le premier sondage GFS/SSR indique déjà que 57% refusent cette initiative. Et la proportion du NON a toujours tendance à augmenter plus la campagne avance. Est-ce qu’il n’y a pas un risque que la votation se transforme en un plébiscite pour l’armée ?
« Ça ne me gêne pas que ça soit un plébiscite pour la défense, surtout lorsqu’on devra analyser les résultats qui seront probablement en effet en faveur du rejet de cette proposition. Il faudra faire la part du feu lié à l’attachement très émotionnel à l’armée. Pour moi ce qui sera décisif c’est de voir, encore une fois, si on a pu, et c’est pour cela que je m’engage activement dans cette campagne, si on a pu reposer les questions des véritables missions et de  l’évolution nécessaire de la défense. »
Etre « probablement en effet en faveur du rejet de cette proposition »… Avec cette formulation on est proche de l’enrobage du placébo !  Mais on retiendra surtout que M. Recordon souhaite que le débat continue et cela nous enchante, car il serait désastreux de ne pas parler de notre politique de sécurité et de défense. Nous souhaiterions juste que nos opposants lisent les mêmes documents et voient aussi à travers les journaux et à la télé que notre monde va mal et que ce n’est pas en baissant la garde que nous protégerons les Suisses en cas de crise, catastrophe ou pire.



[1] Des différences mineures avec le texte dit sont possibles afin que l’ensemble reste lisible et compact.