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jeudi 29 août 2013

29.8.13
Pour ceux qui n'auraient pas eu l'occasion de lire cet article dans le Temps samedi dernier... Petit truc de lecture pour ceux qui ne comprendraient pas tout le texte:  il faut remplacer "électronique" par "cybernétique".
 
Et quel plaisir que le Président de la Confédération en personne confirmer ce que nous nous évertuons à expliquer à travers nos articles sur ce site ....! Non, notre armée n'a pas ce visage suranné que certains voudraient absolument lui voir, juste parce que cela les arrange. Merci M. Maurer de mettre les points sur les "i" ! Allez, ...du coup on profite de ce réconcilier avec le Temps....!
 
VEG 
 
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samedi 24 août 2013, par Yves Petignat

«Il faut changer l’image dépassée de l’armée»


 

Ueli Maurer veut garder l’armée de milice mais l’adapter à une menace en mutation. La bataille de char ou d’artillerie, «on peut l’oublier», dit-il


Président de la Confédération et chef du Département de la défense, Ueli Maurer veut profiter de la votation sur l’initiative «oui à la suppression de l’obligation de servir» pour nourrir le débat sur la politique de sécurité.

Le Temps: Vous avez déclaré que l’initiative du GSsA était une attaque contre la sécurité de la Suisse. Est-ce que Josef Lang, fondateur du GSsA, ou le professeur Reiner Eichenberger, qui soutient l’initiative, sont de mauvais patriotes? Et en quoi l’initiative met-elle la sécurité de la Suisse en danger?

Ueli Maurer : Non, ce sont des gens très bien. Simplement, ils analysent la situation de manière erronée. La sécurité doit être garantie quantitativement aussi bien que qualitativement. C’est un mandat constitutionnel. Pour le quantitatif, il y a un grand risque, car personne n’a l’expérience d’une armée de volontaires. Certes, d’autres pays ont de telles armées, mais la période d’instruction militaire est obligatoire pour un ou deux ans. Mais ce n’est pas ce que veut l’initiative. Elle propose qu’à l’avenir, les gens s’engagent volontairement, interrompent volontairement leur carrière professionnelle pour un cours. Cela n’existe nulle part .

– Et pour la qualité?

– La qualité de l’armée suisse repose sur le fait que les compétences militaires et civiles se complètent et s’enrichissent. Ainsi, les spécialistes au civil peuvent être formés à des missions spéciales dans les unités. Avec l’initiative, nous perdrions ces compétences.

– Ces volontaires existent ­pourtant déjà dans l’armée. Nous avons 18 000 officiers, 30 000 sous-officiers qui acceptent un engagement au-delà de leurs obligations militaires ordinaires.

– Tous les soldats ont un esprit plutôt positif vis-à-vis de l’armée. Aujourd’hui, il y a un cadre bien précis et une certaine obligation. Pour les officiers et sous-officiers, l’organisation est bien définie, elle est acceptée par la société et l’économie. C’est ce qui donne une certaine marge de manœuvre pour le service supplémentaire. Mais avec une armée de volontaires, on crée des obstacles encore plus grands qu’aujourd’hui. Le niveau d’acceptation ne sera pas le même quand il s’agira de partir deux ou trois semaines en cours de répétition volontaire pendant que les collègues seront au travail.

– S’agissant de la qualité des éventuels volontaires, la Suisse n’est pas comparable à la Grande-Bretagne ou à la France. Nous n’avons donc pas à craindre un afflux de «rambos».

– Qui s’engage volontairement dans une armée? En majorité ceux qui n’ont pas de travail, ceux qui sont passionnés par les armes ou la violence. Nous n’avons pas la garantie d’une large représentation de la société. Aujourd’hui déjà, nous avons beaucoup de mal à recruter les étudiants des hautes écoles. Il nous manquera aussi les gens qui ont une maturité professionnelle ou un diplôme des HES. Il y a un an, j’ai discuté avec un général américain. Celui-ci m’a demandé: «Mais d’où viendront vos soldats volontaires? Vous n’avez pas de ghettos.»

– Mais avons-nous besoin d’une armée de 100 000 hommes face aux nouvelles menaces? La probabilité d’une agression militaire en Europe est très faible.

– En réalité, nous avons une armée effective de 5000 hommes sous les drapeaux. Les autres sont à la maison et nous devons d’abord les rappeler et les équiper avant d’avoir une armée au complet. Nous avons une armée taillée à nos besoins, qui n’est pas continuellement sur le qui-vive. On oublie trop souvent que, depuis longtemps, nous orientons cette armée en fonction des nouvelles menaces. De 800 000 à 100 000 hommes, de 1500 tubes d’artillerie à 78, de 700 à 100 chars de combat. Nous avons partout diminué l’armement classique du temps de la Guerre froide. Nous avons mis en place une école de recrues pour la guerre électronique, nous transformons les troupes du génie, notamment en fonction des risques naturels, etc. Nous nous adaptons peu à peu aux nouvelles menaces, contrairement aux reproches des partisans de l’initiative, qui ne voient pas ce que nous faisons.

– Mais tout de même, 100 000 hommes…

– Même avec la guerre électronique en cas de cyberattaque, nous aurons besoin d’effectifs importants. Nous avons récemment fait un exercice de guerre électronique dans l’administration fédérale. Rien que pour assurer la sécurité du trafic, maintenir l’ordre dans les gares, les cantons nous ont réclamé pas moins de 9 000 hommes. Une cyberattaque électronique, cela signifie l’effondrement du réseau électrique, donc de la signalisation routière, des ascenseurs, des distributeurs de billets de banque, etc. Il faut mettre des hommes partout où le chaos risque de s’installer. Assurer la sécurité du public. Il faut pouvoir maîtriser les conséquences d’une telle panne générale. Et seule l’armée est en mesure de le faire.

– Quelle armée pour quelle menace?

– Si, en Europe ou en Suisse, il devait y avoir une guerre d’artillerie et de chars comme on l’envisageait du temps de la Guerre froide, nous ne serions pas suffisamment préparés et nous manquerions de moyens. Mais après les échecs en Irak et en Afghanistan, précisément malgré ces moyens lourds, nous ne croyons plus à ce type d’agression avec pluie d’obus en Europe. Les dégâts collatéraux seraient trop importants. Par contre, nous ne savons pas exactement quelles armes seraient utilisées et donc de quoi nous aurions besoin pour notre défense. On a quelques indications: des drones, des armes de haute précision, des forces spéciales qui attaquent un site particulier. Mais des attaques avec des munitions de type artillerie, comme dans la Deuxième Guerre mondiale, on peut oublier. Ni nous ni un éventuel adversaire n’utiliseront ces moyens. On ne verra plus cela qu’à la télévision.

– Plus de guerre en Europe, alors?

– Je n’exclus pas complètement qu’un jour, l’Europe puisse être entraînée ou touchée par un conflit armé. Mais avec d’autres armes. Quand je pense aux dégâts que peut faire un petit drone de 16 et quelques grammes qui s’introduit partout avec une arme de très haute précision, je ne crois pas que nous aurons besoin encore de beaucoup de chars ou de l’artillerie. Peut-être comme moyen de protection mais, en tout cas, pas pour une bataille de chars. La question pour nous est donc de savoir de quelles armes nous aurons besoin pour notre défense. Car les prochains conflits ne seront plus des combats de forteresse, d’artillerie ou de chars.

– Cela veut dire que, pour vous, l’artillerie, les chars n’ont plus d’avenir dans l’armée suisse?

– A l’avenir, une armée aura toujours besoin d’atteindre une cible précise à longue distance.
Il faudra donc remplacer l’artillerie, imprécise au-delà de 15 km, par des armes de haute précision, drones, avions, missiles. Notre défense dépend aussi de notre capacité de dissuasion. L’image de la menace a changé et nous, à la Défense, en avons pris acte. Mais malheureusement, beaucoup de gens ne veulent pas admettre que nous avons pris conscience de cette nouvelle réalité. Donc que nous transformons l’armée. Mais on ne peut pas tout détruire car nous ne savons pas encore exactement de quoi nous aurons besoin à l’avenir.

– Après l’initiative du GSsA, c’est cette réflexion-là que vous allez mener?

– Nous allons dans un premier temps poursuivre la réforme de l’armée, consolider les anciennes réformes, et ensuite rédiger le nouveau rapport de politique de sécurité pour 2015. Celui-ci devra répondre à toutes les questions que je viens d’évoquer: la cyberdéfense, les armes sans présence humaine, l’emploi des drones. Sur cette base, il faudra développer le nouvel équipement en fonction des menaces les plus réalistes.

– Vous nous annoncez une armée très différente de celle que défendent aujourd’hui les conservateurs. C’est même en contradiction avec votre ancrage politique et votre image.

– C’est un problème personnel, compte tenu de mon origine politique à droite. Mais cette image conservatrice est aussi celle d’une bonne partie de la population. Nous avons une, voire deux générations qui ont encore une vision dépassée de l’armée. Et il y a une nouvelle génération qui sent bien que cela ne colle pas mais n’a pas de proposition précise. Et c’est pourquoi nous devons profiter du débat sur l’initiative actuelle, autour de l’achat du Gripen, pour en discuter, tenter de modifier cette image. En politique, quand vous soulevez un débat, il faut du temps pour trouver la bonne direction.

– L’initiative du GSsA pose la question de la compatibilité des obligations militaires avec l’économie, en particulier pour les PME, pour lesquelles se séparer d’un spécialiste pendant trois semaines ou un mois est très lourd. Que répondez-vous?

– C’est un grand problème que nous devrons résoudre. Il y a trois réponses à apporter. D’abord, l’armée doit devenir plus flexible. Pour les jeunes cadres, nous devons mettre au point une planification qui permette aux deux parties, l’armée et le sous-officier ou officier, de trouver une solution acceptable, souple et adaptable. Jusqu’ici, nous avons été trop rigides. Deuxièmement, nous devons améliorer la coordination entre les hautes écoles et l’armée. Saint-Gall a adopté un système qui permet de cumuler des points crédits d’étude en tenant compte de la formation militaire pour la conduite d’équipe. Nous allons devoir améliorer les synergies avec les universités. Troisièmement, nous allons également devoir améliorer encore la formation de nos cadres dans le management, la conduite et l’expérience sur le terrain. Mieux mettre en évidence la plus-value que nous offrons ainsi aux entreprises. Il faut aussi rappeler que la durée des obligations militaires s’est considérablement raccourcie ces dernières années. Cela dit, je suis conscient que, dans des entreprises étrangères, un directeur général américain est peut-être moins sensibilisé aux nécessités de la milice. Nous devons donc mieux communiquer.