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jeudi 29 août 2013

29.8.13
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Presque chaque jour, en discutant avec des connaissances, ou même des amis, j'entends le même refrain : l'Armée d'aujourd'hui ne sert plus à rien en Suisse. Et de citer l'exemple du Costa Rica qui n'a plus d'armée, qui s'en sort soit disant très bien (tout en étant dépendant des USA, mais bon).

Je crois que le CRDC démontre, jour après jour, que cela n'est pas vrai, que notre armée est utile, tout comme la PCi et le service civil. Notre pays, nos cantons, nos entreprises, nos sportifs, notre culture en bénéficient toute l'année. Mais imaginons un instant qu'une personne soit vraiment aveugle et n'arrive pas à s'en rendre compte, quelle pense qu'en 2013, cela n'a plus de sens. Imaginons aussi que cette personne imagine qu'il y ait suffisamment de volontaires pour ces 3 institutions, ce que le CRDC a aussi longuement démontré comme étant inexact et même totalement illusoire.

Que dire à cette personne ?
A côté de tous les autres bons arguments, j'ai surtout envie de lui parler du côté social de l'obligation de servir. Parce que quand on en arrive là, n'importe quel soldat, même le plus dégoûté de son expérience militaire tombe d'accord avec moi.

Je suis ingénieur. J'étais encore étudiant à l'EPFL quand j'ai fait mon école de recrue. Et puis, des cours de répétitions, avant de choisir d'essayer et de devenir officier, une fois diplômé. Je suis fils de politicien Vert, réfractaire à l'armée, qui a néanmoins fait ses jours sous les drapeaux et qui était donc crédible à mes yeux dans ses critiques. Mon éducation s'est faite sur une base socialiste, ou chacun doit se donner pour les autres, et non pas profiter des autres. Je n'étais pas vraiment chaud pour partir à l'armée, mais il fallait le faire, alors j'y suis allé. Dans l'infanterie en plus, car quitte à la faire, autant essayer de la faire correctement. Et là, j'y ai découvert le plus bel environnement social de mon existence.

Dès le début, j'ai rencontré des gens que je n'avais jamais côtoyés. Des agriculteurs, des éboueurs, des juristes ou futurs avocats, des commerciaux, des jardiniers, un garde chasse et des bucherons, etc, etc. Tous ensemble, assis à la même table, à manger la même chose, à recevoir la même solde, habillés pareils. Qui aujourd'hui peut me donner un exemple d'une autre institution qui regroupe de telles couches sociales à un niveau national ? C'est simple, il n'y en a pas d'autre. Et quand j'entends des collègues ingénieurs qui se moquent de paysans, ou des paysans qui fustigent les gens en costard cravate, je me dis qu'ils n'ont pas eu à servir Et j'ai toujours raison.

J'ai aussi rencontré des Suisses allemands, des Tessinois, des gens des Grisons ou du Haut-Valais. J'ai visité des régions partout en Suisse, où je n'aurais jamais mis les pieds. Porrentruy, St-Gall, la Lanzerheide, ou plus simplement Hongrin font partie des belles découvertes liées à des souvenirs impérissables. Lorsqu'un vieux monsieur au fin fond d'un bar en Suisse centrale vient vers moi me raconter ses souvenirs de jeunesse en un français fédéral approximatif simplement parce que je porte l'uniforme, c'est une rencontre insensée, impossible même dans ma réalité de civil de tous les jours.

Vous êtes vous demandé comment un pays aussi petit que la Suisse, avec autant de diversité arrive à tenir sans se taper dessus, alors que partout ailleurs dans le monde des guerres se créent pour des différences plus futiles ? Je suis persuadé que l'obligation de servir y est pour beaucoup. Que se passerait-il si ces échanges n'existaient plus ? Ou s'ils étaient réservés à une caste de la population ? L'Appenzellois qui fait sont service aux Vernets à Genève va peut être découvrir la capitale humanitaire de son pays, et le Genevois en service à St Luzisteig, les magnifiques montagnes d'Heidi. Chacun va se rapprocher de l'autre et se sentira concerné par le sort de tous.

Alors si comme moi, vous voulez sauvegarder le dernier bastion socialiste de Suisse, votez NON le 22 septembre !

Jean Signori