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samedi 31 août 2013

31.8.13
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Le Temps se fend ici, sous la plume de François Modoux, d'un très bon article. A lire absolument. Notre cri pour que le débat gagne en qualité a été entendu? Bien sûr que tout n'est pas rose et qu'une fois le GSsA, les antimilitaristes et les libertaires renvoyés dans leurs bacs à sable respectifs il faudra encore s'atteler à moderniser nos instruments de sécurité et de défense. Mais là, François Modoux a mis la barre plutôt haut. On peut ainsi vraiment commencer à parler de manière responsable de notre sécurité. Hourrah !
 
VEG
 
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Servir la communauté

 
Sans obligation de servir, plus de civilistes: est-ce vraiment ce que veulent les pacifistes? L’initiative du GSsA une fois balayée, le temps serait propice pour repenser un service à la communauté pour tous. Plutôt qu’opposer armée et service civil, cherchons les complémentarités et renforçons-les!

Abolir l’obligation de servir? L’initiative du Groupe pour une Suisse sans armée me laisse sceptique. Certes, il y a beaucoup de doutes sur l’armée suisse, qui reste surdimensionnée, opaque, et dont la modernisation est moins avancée que ne le proclame, avec autant d’aplomb que d’opportunisme, le conseiller fédéral Ueli Maurer.

Mais la campagne du GSsA ne me convainc pas que le camp pacifiste se soucie sérieusement de la sécurité du pays. On sent bien que son objectif reste un affaiblissement du dispositif militaire. Pour une contribution substantielle à une politique nationale de sécurité crédible, il faut oublier.

A quelles menaces existentielles le pays doit-il se préparer pour les 20 prochaines années? Quels moyens peut-il affecter à sa sécurité? Veut-il agir en solitaire ou est-il prêt à envisager que sa sécurité serait mieux garantie si la défense nationale s’articulait dans un partenariat international – la Suisse collabore déjà avec l’OTAN sans que sa neutralité n’en soit affectée. Des réponses à ces interrogations dépend le calibrage de l’armée dont le pays a besoin: quelles technologies; combien d’hommes; des professionnels et/ou des miliciens; avec quelles compétences et pour quelles tâches.

Une autre faiblesse de l’initiative du GSsA n’est pas assez discutée: son acceptation saborderait le service civil, dont la création fut pourtant un combat légitime des antimilitaristes dans les années 80, quand il fallait en finir avec la Suisse qui criminalisait ses objecteurs de conscience.

Sans obligation de servir, plus de civilistes! Voilà donc ce que nous prépare le GSsA, puisque les deux services sont intimement liés dans la même obligation. Peu à l’aise sur ce terrain, les initiants tentent une diversion hasardeuse. Parallèlement à l’abrogation du service militaire obligatoire (nouvel alinéa 1 de l’art. 59 de la Cst.), ils proposent d’introduire un service civil volontaire (nouvel alinéa 2 de l’art. 59 Cst.). Qui veut croire que des milliers de jeunes Suisses s’engageront librement pour un service à la communauté si ce sacrifice offert à la patrie n’est plus imposé comme l’alternative au maniement obligatoire des armes?

Pour ma part, je ne me laisse pas bercer par ce conte. Tout comme je peine à être convaincu que l’armée suisse, tout de même 3,9 milliards de francs de dépenses annuelles, a encore besoin de 100 000 hommes, de 100 chars de combat et de 22 nouveaux avions de combat. Cela alors qu’il est possible de plonger le pays dans le chaos en attaquant de loin, sans fouler le sol suisse, ses réseaux informatiques névralgiques. L’auteur Nassim Taleb peut bien faire l’éloge de l’incomparable «anti-fragilité» de la Suisse face aux crises. Les experts fédéraux de la cyberdéfense qui ont forgé la stratégie de protection de la Suisse contre les cyberrisques et ont piloté l’exercice de conduite stratégique 2013 distillent une autre musique. Ils regrettent le mauvais signal que le Conseil fédéral a donné en renonçant à créer un organe central de pilotage et de coordination pour prévenir et réduire les cyberrisques, soit le contraire d’autres pays avancés dont nous voudrions par ailleurs apprendre.

Revenons au service civil pour constater que le gros million de jours de service accomplis par quelque 15 000 civilistes chaque année sont devenus indispensables à des centaines d’employeurs, dans des EMS ou hôpitaux, des fermes, des forêts, des services de l’Etat ou des associations culturelles. Hier décriés comme des traîtres à la patrie, les civilistes sont désormais respectés. On en trouve un dans presque toutes les familles suisses, ils font partie du paysage.

Pas question de mettre en péril cet acquis. Une fois l’initiative du GSsA balayée, le moment serait propice pour repenser l’obligation pour tous d’un service à la collectivité, en listant les besoins présents et futurs – le vieillissement de la population et l’accélération technologique dans Internet imposent de s’adapter. L’aspect militaire serait un volet; les tâches de la protection civile un autre; celles du service civil, un troisième. Victime de son succès, le service civil affronte plutôt des vents contraires. Au motif qu’il concurrence l’armée, il est question de réduire son attractivité. Cette vision étriquée, strictement idéologique, ne conduit nulle part. Seule une approche souple et globale, pariant sur la complémentarité des tâches de sécurité et des services à la communauté, est porteuse d’avenir et gage de cohésion.