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dimanche 25 août 2013

25.8.13
L'Hebdo a publié ce jeudi une uchronie de Philippe Le Bé (reconstruction fictive de l'histoire, relatant les faits tels qu'ils auraient pu se produire). Le but? Peut-être de montrer que dans 20 ans nous ferons une grande fête pour commémorer la décision historique de l'abolition de l'obligation de servir de 2013?
  
 
Entre gouvernance mondiale, armée suisse de volontaires avec un effectif de 60'000 homme, service civil généralisé obligatoire... ce n'est pas de l'uchronie, ... mais de la science fiction. Voir peut-être même une forme très évoluée de delirium tremens ...!
 
Pierre Streit, historien et directeur du CHPM - Centre d'Histoire et de Prospective Militaire a décidé de faire un  exercice similaire,... mais de qualité. Publié sur le site des observateurs, il nous a fait le plaisir de nous permettre de vous offrir sa réflexion.
 
Là on ne commente pas,... car "il n'y a pas photo" comme on dit chez nous. A savourer ! En espérant bien sûr qu'un tel scénario n'arrivera jamais. Mais il est du devoir de notre Pays d'être prêt pour de tels événements ou se mêleraient (comme à Brig en 1993) la catastrophe naturelle, mais aussi très vite les questions de sécurité contre les pillards et  ce à l'échelle d'une ville entière, avec une police immédiatement dépassée par l'ampleur et la durée de la tâche.

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L’armée suisse en 2033: un autre futur possible 

Pierre Streit



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Voilà vingt ans, jour pour jour, que le service militaire obligatoire a été plébiscité lors d’une votation populaire aussi mémorable que celle du 26 novembre 1989, au cours de laquelle le même groupe pour une Suisse SANS Armée avait cherché à abolir l’armée suisse. A cette époque, la grande majorité des citoyens suisses ont décidé de maintenir un système qui, en 2026, a permis au pays de surmonter la plus grande catastrophe de son histoire.
 
En effet, le 18 octobre, à 04h30 du matin, la région de Bâle (750'000 habitants en 2033) a été secouée par un tremblement de terre de magnitude 7, comparable à la secousse qui avait frappé la même région le 18 octobre 1356. Face à l’ampleur du désastre, les cantons concernés ont dû très rapidement faire appel aux moyens de la Confédération, c’est-à-dire en premier lieu à tous les moyens militaires disponibles, soit environ 5000 hommes en l’espace de quatre jours, puis à des moyens supplémentaires, notamment plusieurs bataillons d’infanterie et des bataillons spécialisés (génie, logistique, troupes sanitaires entre autres).
 
Un mois après l’événement, pas moins de 35'000 femmes et hommes engagés au total dans le cadre d’un service actif avec un Général élu par l’Assemblée fédérale à leur tête. Plusieurs hôpitaux de campagne ont dû être construits. Des chars-ponts (acquis après un âpre combat parlementaire) ont dû être utilisés, ainsi que des ponts flottants pour rétablir les voies de communications. La distribution de vivres, notamment de l’eau potable, a dû être assurée sous la protection des troupes vu le chaos ambiant, en coopération avec les armées allemande et française. Après un mois d’un engagement éprouvant, une partie de ces troupes a dû être relevée de sorte que, après 4 mois et en plein hiver, l’ensemble de l’armée suisse a été engagée.
 
armee_201112awi_02Est-ce là de la mauvaise uchronie, comme celle que nous gratifie Philippe Le Bé cette semaine dans le tout aussi mauvais dossier de l’Hebdo sur la « grande hypocrisie » que serait le service militaire ? Non. Le scénario ? Basé sur les données du Service sismologique suisse. Les moyens ? Basés sur le profil de prestations futur de notre armée de milice, soit une armée de 100'000 hommes, et pas de 60'000 volontaires, avec un budget de 12 milliards de francs (dont 50% dévolus à la masse salariale). Car ces « volontaires » seraient aussi des salariés. Aucun volontaire au monde ne sert sous les drapeaux comme bénévole. Le volume de forces engagées? Comparable à celui engagé par les Japonais lors de la catastrophe de Fukushima, à la seule différence que les forces d’auto-défense japonais ont pu - et dû - engager 100’000 hommes en même temps et durant 4 mois ...
 
Le constat ? Dans le cas bâlois, seule une armée avec des moyens importants pourrait faire face à un pareil désastre. C’est là un constat d’autant plus fort que, contrairement à d’autres pays, le nôtre ne dispose pas d’une gendarmerie ou d’une sécurité civile permanentes. Nous sommes loin du « gouvernement mondial » que M. Le Bé se plaît à imaginer et de son « meilleur des mondes », dans lequel il n’y aurait plus ni catastrophes, ni guerres. Oui, les guerres ont encore un « bel avenir » comme les catastrophes. Ignorer cette évidence, c’est croire que la Suisse est une île dans le monde actuel et futur. Le 22 septembre, la votation décisive qui attend les Suisses aura pour arrière fond des risques et dangers bien réels, et non pas des chimères.

Le scénario :
http://www.seismo.ethz.ch/eq_swiss/Szenario/index_FR

Les prestations militaires (p.14) :  http://www.vbs.admin.ch/internet/vbs/fr/home/themen/defence/wea/vernehmlassung.parsys.35311.downloadList.8770.DownloadFile.tmp/07fweaerlbericht20130626.pdf

Fukushima:
http://www.cdef.terre.defense.gouv.fr/publications/anciennes-publications/cahier-du-retex/gestion-de-la-crise-post-tsunami-au-japon
Le 11 mars 2011 à 14h46, la côte Nord-Est du Japon est frappée par un séisme de force 9 sur l’échelle de Richter, suivi d’un tsunami dévastant la côte Pacifique. La centrale nucléaire de Fukushima est touchée et un accident nucléaire de gravité comparable à celui de Tchernobyl survient. Pour répondre à cette catastrophe, le Japon mobilise le jour même et pour une durée de quatre mois l’équivalent de neuf divisions et brigades, soit plus de 100’000 hommes. Les deux-tiers de cette force appartiennent aux forces d’auto-défense terrestres japonaises (GSDF). Leur déploiement sera réalisé en 72 heures.

Char-pont: http://www.kmweg.de/aktuelles/spezial/brueckenlegesystem-leguan.html

Photos : exercice « DUDEX 12 » (Payerne, novembre 2012); un char-pont comme celui que l’armée suisse prévoit d’acquérir.