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dimanche 8 septembre 2013

8.9.13
Dans le Temps du 4 septembre 2013, Monsieur le Conseiller aux Etats Luc Recordon se fend à nouveau d'une longue diatribe contre notre système de défense et notre obligation de servir. Et il commence fort, en réduisant l'image de la menace à la seule nécessité de protéger les infrastructures critiques et de se prémunir contre les attaques informatiques.
 
Dommage que M. Recordon ne soit pas venu à Champéry le 6 septembre assister à l'excellent Forum Sécurité Chablais 2013. Il aurait entendu Mme la Conseillère aux Etats Géraldine Savary plaider pour que l'on arrête ce "cyber-blabla". Et elle a parfaitement raison, car la manière dont nous en parlons est fausse.
 
En effet :
  • Les cybermenaces sont un phénomène  nouveau et gravissime, mais qui ne tombe pas du ciel. Ces menaces sont liées à des situations conflictuelles complexes nécessitant une approche globale, car celles-ci peuvent découler sur des crises tout ce qu'il y a de plus classique.
  • En cas de catastrophe même d'origine cyber, ce dernier, bien que central, passera au second plan, car il faudra alors d'abord porter secours. Le cyber ne sera là qu'une des multiples dimensions à prendre en compte dans la maîtrise de la situation et de ses conséquences. Et en cas de catastrophe sévère, on sait que les moyens civils seront dépassés et qu'il faudra rapidement l'armée.
  • Les crises récentes le démontrent, il faut même rapidement aussi des troupes armées pour protéger la population contre les pillages. Une simple aide en cas de catastrophe ne suffit pas. Ce fut d'ailleurs le cas lors de la catastrophe de Brigue en 1993. Si une région comme Bâle devait être détruite par un séisme, ou si nous devions être frappés par un blackout de grande ampleur, c'est exactement ce qui se passerait après quelques heures déjà.
Les questions liées aux cybermenaces sont trop importantes pour être ainsi prises en otage par une rhétorique partisane et réductrice. Cela fait 25 ans que ce problème se met en place avec le développement des technologies et la mise en réseau des composants de notre vie et il va nous accompagner encore longtemps. Réduire ainsi ce domaine à un phénomène de mode serait désastreux, tout comme il serait désastreux et faux de mettre en concurrence les différentes capacités de l'armée ou d'autres services de secours. Ce n'est pas parce que les cybermenaces sont la préoccupation actuelle médiatique par excellence que tout le reste devient obsolète. Il suffit d'ouvrir les journaux pour voir que l'analyse de M. Recordon est partielle et partiale. Les moyens dits "classiques" sont loin de passer dans la catégorie "reliques de l'histoire".
 

Pour M. Recordon "il nous faut des gens à la formation pointue pour garder les installations sensibles". Pour protéger l'aéroport de Kloten il en faut 5'000. Avec une armée de 100'000 et donc 30'000 mobilisés à la fois, de manière à ce que nous disposions de la capacité de durer en faisant des rotations, ce sont donc même pas 4 objets de cette importance que nous pourrions garder. En effet, sur les 30'000, il en faut encore 10'000 (simplifions) pour la logistique, les système de commandement, les états-majors, l'aviation, etc. On dit quoi aux cantons qui auront besoin d'aide? "Attendez le prochain tour" ? Lors de l'exercice de conduite stratégique 2013, après quelques heures seulement les cantons demandaient déjà 9'000 personnes pour assurer la fluidité du trafic car les feux étaient tombés en rade. Imaginez la suite ...!
 
Par sa méconnaissance des faits et son acharnement étroit à vouloir casser l'armée M. Recordon et ses amis mettent la Suisse dans une situation gravissime. Après avoir sans cesse combattu contre les crédits de la Défense, voilà qu'ils veulent lui enlever ses forces vives. Qui assumera la débâcle en cas de catastrophe? Le GSsA? M. Recordon?
 
Permettez-nous une dernière pique: quel crédit accorder à ces réflexions quand dans la conclusion de son article M. Recordon confond encore millions et milliards de francs?

VEG