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samedi 18 janvier 2014

18.1.14
L'article paru le 15 janvier 2014 sous la plume de Philippe Bach dans Le Courrier ("Gripen et gros sous") ne peut être qualifié que de grossière et inadmissible déformation de la vérité.
On peut voir ici un événement anodin et isolé, mais il est malheureusement fréquent. Demandez-vous ensuite pourquoi les journalistes flirtent avec le fond du classement en termes d'opinion favorable du public?  

Notre réaction n'a pas pour but de clouer au pilori les journalistes et la presse et de leur faire un stérile procès d'intention. Nous réclamons tout simplement, en tant que citoyens responsables et conscients des enjeux de la politique de sécurité et de défense de notre Pays, que ce thème grave soit traité avec tout le sérieux et le professionnalisme possible. Dans ce domaine, il n'y a pas ici de place pour l'amateurisme, l'angélisme ou le mensonge.
Nous souhaitons donc 2 choses:

  • Que toutes les personnes découvrant des contenus inappropriés les dénoncent et qu'ils signalent à ceux qui les publient que la ligne rouge est franchie. Les moyens ne manquent pas pour qui veut agir: lettres de lecteurs, interventions politiques, interpellation directes des rédactions, réactions sur les réseaux sociaux, résiliation d'abonnement.
  • Que les rédactions se rendent compte du mal qu'elles se font en plus à elles-mêmes en publiant des "horreurs intellectuelles". Elles auraient tout à gagner à parier sur la vérité et la qualité dans leur travail.
Au CRDC nous ferons systématiquement obstacle à toute forme de mensonge, de manipulation ou d'approximation et sommes reconnaissant pour action qui y contribuera.

CRDC / VEG

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Analyse de l'article du Courrier du 15 janvier 2014

Teneur de l’article de Philippe Bach
Commentaire du CRDC
Le peuple votera très vraisemblablement une nouvelle fois sur l’armée. L’alliance «Non aux milliards pour des avions de combat» a déposé hier son référendum contre l’achat des Gripen, ces coûteux joujoux volants fabriqués par l’avionneur suédois Saab. Quelque 100 000 paraphes ont été récoltés par cette coalition des milieux pacifistes et des partis de gauche. Le vote pourrait avoir lieu le 18 mai prochain. Une bonne chose, tant le dossier est miné: un débat démocratique pourrait permettre d’y voir un peu plus clair.
Pas besoin d’avoir fait de longues études pour comprendre le biais de l’auteur de cet article, car dès la 3ème phrase, il a déjà perdu toute objectivité par l’usage de qualificatifs non factuels. Le sujet mériterait mieux que ce genre de commérages de cour d'école maternelle.
Pour des raisons financières, tout d’abord, à l’heure où le domaine social est contingenté plus souvent qu’à son tour au nom des économies budgétaires.
Et hop, voici établi le lien avec les soi-disant ponctions dans le ménage fédéral pour payer le Gripen. A nouveau, voici un auteur qui n’a pas pris le temps de lire le projet  de loi. Ni sérieux, ni professionnel.
Ce sont plus de 3 milliards de francs qui sont prévus pour l’achat de 22 avions de combat. Une somme qui pourrait atteindre les 10 milliards, une fois pris en compte les frais d’entretien et d’exploitation, l’aménagement des hangars et l’achat de l’indispensable nouvel armement.

Pour la façon de présenter les chiffres, le lecteur pourra se référer à notre prise de position.  Le Gripen représentera le 6,4% du budget ordinaire de l'armée (4,7 milliards jusqu'en 2016, puis 5 milliards) ou le 0,5% des dépenses ordinaires de la Confédération (61,7 milliards en 2012); la banqueroute ne menace donc pas à cause du Gripen!
La moindre fusée coûte 1 million de francs, relèvent les opposants à l’achat. Ceci si tout va bien.
Quelles fusées ? Si tout va bien ? Qu'apportent ces sous-entendus et ces approximations?
Pour l’heure, le Gripen est un tigre de papier. La bête est encore en cours de développement. Car ce n’est pas un avion clefs en main, prêt à voler, qui est proposé aux Suisses.
L’habituelle rengaine alors que le Gripen vole, que sa production de présérie a démarré, que la plupart des systèmes sont déjà intégrés (là où les concurrents ne font souvent que de commencer). Encore une fois, un manque de professionnalisme flagrant de l’auteur, surtout qu’aucun avion de ce type n’est jamais proposé clef en main.
La question est ensuite politique et reste entière, vingt ans après le vote sur les FA-18. Quelle utilité pour des avions de combat en Suisse, où l’exiguïté du territoire est davantage adaptée aux hélicoptères?
Quand on veut écrire sur un tel sujet, on a au moins la curiosité et l'honnêteté intellectuelle de commencer par se documenter. Un exemple simple pour démonter cet argument en matière de police de l’air: s’il faut suivre un Airbus A320 qui vole à 900 km/h à 11'500m d’altitude, comment on fait avec un hélicoptère qui plafonne à 407 km/h (record de vitesse) et dont le plafond pratique est d'environ 6'500m d'altitude? Comment Monsieur  Bach peut-il nous servir ces âneries.
Et à quoi servent ces nouvelles merveilles qui ne peuvent donner leur plein régime que lors de tests au large de la Norvège ou de la Sardaigne?
La pleine puissance ce n’est que pour les campagnes l’entrainement !! Quid des autres volets de mission de notre armée et de ses forces aériennes?
Enfin, ce dossier brasse des enjeux démocratiques. Le vote de 1993 avait donné lieu à une campagne musclée des milieux économiques pour convaincre le peuple. En effet, le GSsA avait récolté en quelques semaines à peine les signatures nécessaires contre l’achat intempestif des FA-18. Le choc causé par le vote de 1989 sur l’abolition de l’armée, le scandale des fiches et celui de la P26 avaient ébranlé la vache sacrée qu’était l’institution militaire suisse. Il y avait péril en la demeure. On avait alors avancé la prétendue création de places de travail en Suisse pour faire passer la pilule. Cela avait fonctionné.
Et voici l’accusation ultime: les tenants d’une politique de sécurité crédible joueraient dangereusement avec les limites de la démocratie. Rendez-vous compte, ces gentils jeunes gens du GSsA (des ahuris irresponsables oui !) avaient loyalement récoltés les signatures contre le F/A-18, amis la méchante droite conservatrice a ensuite osé brandir des arguments économiques pour sauver cette vieille vache sacrée…et inutile ! N’en jetez plus !
L’importance des sommes en jeu laisse présager le pire: Gripen a déjà été mouillé dans des affaires de corruption en Afrique du Sud. Il y a deux ans, lorsque le choix s’est porté sur ce modèle, des questions gênantes ont été posées par une sous-commission parlementaire. «Il y a bien des indices de corruption, mais aucune preuve», a ainsi lancé Jean-Pierre Méan, le président de Transparency International Suisse.
Et pourtant en voilà encore ! Maintenant voilà une ridicule attaque sur les risques de corruption, un des arguments développés d'ailleurs par le GSsA sur son site Internet (Monsieur Bach est-il membre du GSsA? Cela expliquerait bien des choses). La Suisse est au 7ème rang des pays les plus vertueux en matière de corruption alors que l'Afrique du Sud pointait en 2013 au 55 rang. Ce n'est pas une garantie absolue, mais cela en dit long sur la probabilité que cela arrive en Suisse. Quelle pitoyable image a donc M. Bach de notre Pays et de ses institutions. Et pour être sûr d’enfoncer le clou, on fait part "bien sûr des indices » en prenant la précaution de dire que (seules) les preuves manquent encore. Scandaleux sous-entendus !
Il est donc plutôt inquiétant d’apprendre que Saab va investir plusieurs millions de francs dans la campagne de votation. La Grande Muette va se transformer en grande bavarde durant quelques semaines. Sans que la transparence y gagne.
Oui, cela n’est pas très facile à comprendre et il y aura certainement encore des débats sur ce sujet. Mais parlons du comportement des autres avionneurs ? Eux qui ont intérêt à ce que Saab et la Suisse échouent pour éviter que le Gripen leur fasse de l’ombre. N’est-il donc pas légitime si nos intérêts se rencontrent qu'il y ait de l'entre-aide. Car pas de Gripen = pas de remplacement du Tiger F5 et donc affaiblissement de notre armée. Au fait, pourquoi le Consortium Eurofighter continue-t-il de vanter les mérites de son produit pour la Suisse alors que la Conseil fédéral a pris sa décision ? Dans la même logique, pourquoi la firme Dassault entretient-elle encore un "Bureau Rafale International" à Berne?