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dimanche 12 janvier 2014

12.1.14
L’année 2014 sera marquée par une série de commémorations: 70ème anniversaire du jour J et de la Libération de l’Europe occidentale, 70ème anniversaire de l’opération «Market Garden» aux Pays-Bas, Centenaire du début de la « Grande Guerre », notamment. Pour certains, la tentation est grande de dresser des parallèles entre la situation de l’Europe en 1914 et celle de notre continent en 2014. Comparaison n’est pas raison dit l’adage populaire et nous le partageons entièrement. Les Européens d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’il y a un siècle. Les haines et ressentiments se sont heureusement bien aplanis depuis là, sans pour autant avoir totalement disparu. Les tendances sécessionnistes perceptibles ça et là (Belgique, Ecosse, Catalogne) sont là pour nous le rappeler.

Mais 2014 sera aussi – et encore – une année cruciale pour notre Armée, avec la votation sur l’achat d’un nouvel avion de combat. Volontairement je mentionne notre Armée, et pas seulement ses Forces aériennes, dont elles ne sont qu’une composante. Au-delà du débat qui doit porter sur trois volets centraux – stratégique, industriel, opérationnel –, l’histoire nous apporte aussi quelques clés pour comprendre les enjeux et ne pas nous laisser enfumer par les propos des opposants au Gripen, qu’ils soient de droite ou de gauche.

Leur argument massue est connu : cet avion serait le plus mauvais du monde, parce que c’est un mono-réacteur, parce qu’il n’est pas français ou allemand ou encore parce qu’il n’a jamais volé (ce qui est faux comme chaque internaute un brin curieux le sait bien). L’histoire militaire nous apprend que le meilleur avion n’est souvent pas celui que l’on croit. 2014, c’est aussi le centenaire des Forces aériennes suisses. Que nous apprend celui-ci ? Pendant la Seconde Guerre mondiale, ce n’est pas le  Messerschmitt Me 109 qui assure principalement la défense de notre espace aérien, mais bien le Morane D-3801 (photo). Jusqu’en 1945, plus de 200 appareils sont produits en Suisse (contre une centaine de Me 109). Comme le souligne Fernand Carrel, ancien commandant des troupes d’aviation et de défense contre avions, « s’il est plus lent, moins bien armé et moins blindé que les Messerschmitt, le Morane est un avion apprécié par ses utilisateurs en raison de sa facilité de pilotage qui autorise certaines erreurs là où son homologue allemand se montre bien moins tolérant ».


Bien moins connu que le Spitfire, c’est pourtant bien le Hawker Hurricane qui remporte la bataille d’Angleterre en 1940 (plus de 50 % des victoires enregistrées), car il y a bien davantage de Hurricanes en vol que de Spitfires. Produit en série dès 1937 alors que le prototype du Spitfire fait son premier vol en 1936, cet avion est facile à entretenir et robuste, mais moins maniable que le Spitfire. Présent sur tous les fronts durant toute la guerre, le Hurricane reste l'un des appareils les plus emblématiques de la Royal Air Force. Dans l'ombre du Spitfire, il fait preuve au cours de la bataille d'Angleterre d'une remarquable solidité, qui lui permet d’encaisser de nombreux coups sans dommages excessifs.
 
Quant au Curtiss P-40, il a souvent été considéré comme un avion inférieur à ses adversaires, qu’ils soient allemands ou japonais. Pourtant, piloté entre de bonnes mains, il était un chasseur redoutable et surtout un avion d'attaque au sol hors pair. Présent sur tous les théâtres d’opérations, de la Chine à la Nouvelle-Guinée, des îles Aléoutiennes à l’Afrique du Nord, le P-40, bien qu’il ne fût pas le meilleur chasseur en haute altitude, est en effet vite devenu un avion d’attaque au sol redoutable grâce à son grand rayon d’action, sa formidable capacité d’emport de bombes et son puissant blindage. C’est sur son P-40 que l’as canadien James « Stocky » Edwards a réussi à abattre l’as allemand Otto Schulz, l'un des pilotes les plus qualifiés aux commandes d'un avion présumé supérieur, le Messerschmitt Bf-109F.

Que nous apprennent ces trois cas historiques ? Il faut se méfier des pseudo-experts qui, sur la foi de tout aussi pseudo-analyses, nous affirment que tel avion est inférieur à tel autre, parce qu’il n’est équipé que d’un seul réacteur (comme le F-16 ou le F-35 d’ailleurs) ou parce qu’il est, pour reprendre les termes de l’expert Pierre Sparaco, le « chasseur de la juste suffisance, capable d’assurer des missions de défense dans des conditions acceptables, mais sans prétendre s’élever au rang des appareils les plus sophistiqués et, de ce fait, les plus coûteux ».

Comme le Morane, le Hurricane ou le P-40, le Gripen fait partie de cette catégorie d’avions qui, aux mains de pilotes doués comme les nôtres, entretenus par du personnel aussi compétent que celui de nos Forces aériennes, pourra assurer les missions que l’on attend de lui, à des coûts qui rendent encore possible la modernisation du reste de notre Armée. Modernisation d’autant plus nécessaire que, contrairement à d’autres pays européens, notre pays ne peut pas se reposer sur les autres pour assurer sa défense et sa sécurité.

Major EMG Pierre Streit
Officier de milice, historien SVO