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samedi 10 mai 2014

10.5.14
Dimanche 9 février 2014. La population suisse qui dit « oui à l’initiative contre l’immigration de masse ». S’ensuivent alors les menaces de Bruxelles d’écarter la Suisse des programmes « Erasmus + » (mobilité des étudiants) et « Horizon 2020 » (recherche scientifique). Et là, dès le 10 février, une douloureuse prise de conscience : « Mince ! Toucher à la libre circulation des personnes revenait donc à couler la libre circulation des biens, des services et des capitaux, ces libertés tant nécessaires à notre prospérité et notre bien-être ? Si seulement on nous l’avait clairement dit avant ! »

« Mince alors ! Si j’avais su, j’aurais pas … » Las ! Excédée par les abus sur le marché du travail et la pression sur le logement ainsi que sur nos infrastructures, une majorité de la population n’a rien voulu savoir de ce qu'on lui disait et a voté "oui", en refusant de voir plus loin que l’horizon de ses émotions. Certes, le Conseil fédéral tente depuis de corriger le tir. Mais à quel prix ! A coup de dizaines de millions pour permettre à nos étudiants et à nos chercheurs de circuler, à nos hautes écoles de participer à des programmes de recherche.

Et pourtant, ce coup de semonce semble ne pas avoir été entendu par beaucoup. Aujourd’hui, une partie de la population suisse en général, romande en particulier, semble tentée par un « 9 février militaire », le 18 mai prochain. Pour « faire un bénéfice de 10 milliards » en n’achetant pas le Gripen. Histoire de donner une bonne leçon "à Maurer" pour sa « meilleure armée de le monde », à l’UDC pour son initiative contre l'immigration de masse et aux militaires censés n'avoir « aucune idée de ce que sont les vraies menaces » !

Le refus total de comprendre que toucher à nos Forces aériennes c’est, à terme, couler l’armée ! Le refus d’écouter les experts qui ont démontré cent fois que pour être efficace sur la durée, notre aviation doit pouvoir aligner un minimum de 50 à 60 avions de combat modernes, armée de milice ou non. Le rejet de l’idée que cet achat puisse conditionner la survie de nos Forces aériennes au-delà de 2025-30, quand nos 32 F/A-18 Hornet devront être mis hors service. Le refus de comprendre que de cette survie dépend la capacité de notre armée à remplir les missions qui lui sont dévolues par la Constitution fédérale. Le déni des risques découlant de la période d’incertitude géostratégique dans laquelle est à nouveau entré le continent européen avec la fin de l’après-Guerre froide.
Surtout, le refus de voir qu’un « non au Gripen » confiera les clés de l’armée aux apôtres du Groupe pour une Suisse sans armée. Mieux, que cela conférera aux antimilitaristes la légitimité populaire de pouvoir proposer dans la foulée ce qu’ils veulent contre notre armée.
Alors, autant le dire déjà : ce n’est pas le 19 mai que l’on prendra conscience du coup porté le 18 à notre sécurité armée. Partant, à notre pays en terme de crédibilité sur la scène internationale. Personne n'a vu venir la Lybie, la Syrie ou l'Ukraine! Qui peut dire ce qui se passera demain? Pour corriger le tir d'un NON au Gripen le 18 mai 2014 et la destruction de notre aviation qui en découlera, ce ne sont pas des dizaines de millions qu’il nous faudra sacrifier en quelques mois, mais un nombre élevé de milliards… pour reconstruire, sur 20 ans, notre capacité de défense aérienne. Pour autant qu'on en trouve encore sur le marché. Est-ce là le niveau de sécurité que nous voulons nous accorder ?

Entre nous, concernant l’argument financier : viendrait-il à quiconque l’idée saugrenue de vouloir « faire du bénéfice » sur l’aide au développement, en coupant les 3 milliards qui lui sont alloués chaque année ?... Le Gripen ce n'est que 300 millions et que pendant 10 ans. Et pourtant, à en croire l'adage, une charité bien ordonnée commence par soi-même. Voilà qui serait tout bénéfice pour le social, la formation, nos infrastructures et le développement des énergies durables, non ?

Toujours entre nous, concernant l'inutilité des avions de combat : à la présidence de l’OSCE, le conseiller fédéral Burkhalter, dans sa mission de trouver une solution à la crise ukrainienne, aurait-il la même crédibilité qu’aujourd’hui face au président Poutine, s’il présidait un pays neutre doté d’une armée alibi, parce que privée d'aviation, dès lors que la population dudit pays neutre aurait rejeté un certain 6 juin 1993 l’achat de nos actuels 32 F/A-18 et qu'il nous resterait aujourd'hui peut-être que 52 Tiger hors d'âge et en cours de liquidation ?

Restons sérieux et responsables, et accordons à notre sécurité armée la même considération qu’à toutes les autres tâches de l’Etat. Jouer ces autres tâches étatiques contre nos capacités militaires nous conduira pas ailleurs que dans l’OTAN. Est-ce cela ce que nous voulons pour assurer notre sécurité militaire ?

François Monney