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samedi 9 juillet 2016

9.7.16
Quelle constante relie, en Suisse aussi, la guerre franco-allemande de 1870, la première et la seconde guerre mondiale? Un « plus jamais ça » suivi de quelques dizaines d’années de paix insouciante et de démontage des instruments de défense et, au seuil de chaque guerre, un niveau grave d’impréparation. Avec la chute du mur de Berlin s’est mis en place un même mouvement dont les élites politiques commencent enfin à percevoir l’effet pervers au moment où les crises s’enchaînent sans que personne ne sache, comme toujours, où tout cela peut nous mener. Ceux qui voulaient réaliser la « prophétie de l’épée transformée en charrue » étaient certes généreux, mais ils ont oublié que l’Histoire ne s’arrête jamais et que leurs « dividendes de la paix » n’étaient rien d’autre qu’une illusion collective.

Depuis 2011 la situation a profondément changé. Quelques exemples : 
  • la « révolution » dans plusieurs pays arabes dont certains – Lybie et Syrie en tête – vivent désormais la guerre au quotidien ; 
  • la catastrophe économique, écologique et humanitaire dans laquelle s’enfonce l’Afrique ; 
  • la Russie qui réarme à tours de bras, a annexé la Crimée et joue les premiers rôles dans la crise ukrainienne avec en prime une escalade verbale avec l’OTAN et la préparation de moyens militaires de part et d’autre ; 
  • les dérives d’un islam conquérant et capable de violences extrêmes et une Europe chrétienne qui reste incroyablement passive ;
  • les hoquets de la construction européenne alors que la crise financière de 2008 n’en finit pas de dérouler ses effets ; 
  • le potentiel du cyberespace d’apporter la désolation dans notre société hyper-connectée, n’importe quand, par surprise et indépendamment des distances.
Malgré cette évolution, certains « rêveurs », et même des conseillers nationaux, ont osé dire durant la campagne sur le Gripen que l’Europe est à l’abri de toute guerre pour au moins 50 ans ! Ces propos sont choquants d’irresponsabilité. Non le monde ne va pas bien et oui le principe si vis pacem, para bellum (« si tu veux la paix, prépare la guerre ») reste d’actualité.

C’est dans ce contexte hautement volatil et incertain, dans une société où le désarmement s’est installé autant dans les esprits que dans les arsenaux après 25 ans de budget minceur, que s’inscrit le Développement de l’Armée (DEVA). Si le modèle Armée XXI n’est aujourd’hui plus tenable, c’est la démission durable de nos élites politiques qui en est la cause et les ressources qu’ils ont systématiquement rabotées. Pour le moment il faut d’urgence retrouver un point d’entente et d’équilibre et ce sera la mission clé du DEVA. Le CRDC a donc pris connaissance avec soulagement de l’échec du comité référendaire. Les chantiers nécessaires vont enfin pouvoir être lancés. Le CRDC constate aussi avec satisfaction que le Parlement semble enfin prêt à arrêter la spirale déflationniste des budgets.


Il serait toutefois prématuré de trop se réjouir de ces changements qui ne marquent que la fin (espérons-le) de la chute. Car ensuite c’est bien de reconstruction d’une institution tombée bas en termes capacitaires qu’il faudra parler. Il y a en particulier : 
  • le rétablissement d’un parc de matériel et de réserves de munition digne de ce nom ; 
  • la modernisation et le renforcement impératifs de la défense aérienne (sol-air et aviation),
  • le renforcement urgent d’un encadrement de qualité,
  • la capacité à mobiliser et à durer,
  • les nouvelles menaces (donc celles issue du cyberespace) sur nos infrastructures critiques.
Tout cela nécessitera des budgets importants que les 5 milliards dont il est enfin question après des années de tergiversation ne suffiront pas à assurer. La discussion sur ce plan est donc loin d’être close, mais pour cela il faudra que les Suisses comprennent enfin que la priorité absolue sur tout le reste (qui en dépend), c’est la défense.




Pour rétablir un appareil de défense suffisant, il faudra, en plus de la question financière, corriger le scandaleux gâchis créé par le service civil et en particulier par la fin de la preuve par l’acte. Ce « service », qui n’est en aucun cas assimilable à un instrument de notre politique de sécurité : 
  • crée de profonds déséquilibres entre ceux qui consentent à faire le service militaire ou la protection civile et ceux qui préfèrent le confort de leurs petits intérêts personnels ;
  • vide de son sens le mot « servir » et la solidarité ultime devant aller jusqu’au don de sa vie pour protéger le Pays et ses habitants ;
  • vole (et le mot est voulu) les effectifs dont l’armée a besoin et en particulier les hommes et femmes capables d’assumer des tâches de cadres.
Le service civil c’est le piège mortel dans lequel le ramollissement moral de notre société et l’individualisme nous ont précipités. Il faut d’urgence en sortir et rétablir l’ordre des priorités.

Gérald Vernez
Président CRDC
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